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Le concept de « livre électronique » émerge dès les années 1970 avec le [[Projet Gutenberg]], fondé en 1971 par Michael Hart, qui propose les premiers textes numérisés librement accessibles en ligne. La démocratisation des [[ordinateur personnel|ordinateurs personnels]] et des [[réseau informatique|réseaux informatiques]] dans les années 1980-1990, puis l'essor d'[[Internet]], transforment progressivement les conditions d'accès aux textes. | Le concept de « livre électronique » émerge dès les années 1970 avec le [[Projet Gutenberg]], fondé en 1971 par Michael Hart, qui propose les premiers textes numérisés librement accessibles en ligne. La démocratisation des [[ordinateur personnel|ordinateurs personnels]] et des [[réseau informatique|réseaux informatiques]] dans les années 1980-1990, puis l'essor d'[[Internet]], transforment progressivement les conditions d'accès aux textes. | ||
Dernière version du 12 mai 2026 à 16:25
La lecture numérique désigne l'ensemble des pratiques de lecture s'appuyant sur des supports et des formats électroniques, en opposition à la lecture sur support papier traditionnel. Elle englobe aussi bien la lecture sur liseuse électronique, tablette tactile, smartphone ou ordinateur, que les usages liés aux livres numériques et aux contenus éditoriaux en ligne.
Définition et terminologie
[modifier]La lecture numérique recouvre des réalités multiples, que l'on peut distinguer selon les supports utilisés et la nature des contenus lus. Le terme renvoie d'une part aux dispositifs matériels (hardware) — liseuses, tablettes, smartphones —, et d'autre part aux formats logiciels (software) dans lesquels les textes sont encodés et distribués[1].
Il convient de distinguer la lecture numérique de la simple numérisation : un texte numérisé est un document papier converti en image ou en fichier informatique, tandis qu'un contenu nativement numérique est pensé et conçu dès l'origine pour être lu sur écran, avec des possibilités d'interactivité et d'hyperlien propres au médium[2].
Histoire et émergence
[modifier]Des origines à l'ère Internet
[modifier]L'histoire de la lecture est indissociable de celle des supports matériels. L'historien Roger Chartier, spécialiste du livre et de la lecture, identifie plusieurs grandes ruptures techniques dans la transmission des textes : le passage du volumen au codex, puis l'invention de l'imprimerie par Gutenberg au XVModèle:E siècle, et enfin la révolution numérique contemporaine[3].
Le concept de « livre électronique » émerge dès les années 1970 avec le Projet Gutenberg, fondé en 1971 par Michael Hart, qui propose les premiers textes numérisés librement accessibles en ligne. La démocratisation des ordinateurs personnels et des réseaux informatiques dans les années 1980-1990, puis l'essor d'Internet, transforment progressivement les conditions d'accès aux textes.
L'essor de la liseuse et du livre numérique
[modifier]C'est au milieu des années 2000 que la lecture numérique prend véritablement son essor commercial, avec le lancement des premières liseuses à encre électronique. Le terme « liseuse » est proposé en français par Virginie Clayssen, directrice de la stratégie numérique du groupe Editis, en 2010, afin de distinguer le support de lecture du fichier lui-même et d'employer un terme francophone en lieu et place du e-reader anglais[4].
En France, le marché des liseuses décolle à partir de 2008, avec 5 000 appareils vendus cette année-là, pour atteindre 350 000 en 2013.
Les supports de la lecture numérique
[modifier]La lecture numérique s'effectue sur plusieurs types de dispositifs aux caractéristiques différentes :
- La liseuse électronique : appareil dédié, utilisant la technologie de l'encre électronique (e-ink), qui reproduit l'aspect du papier. Peu fatigante pour les yeux, autonome, elle est conçue exclusivement pour la lecture.
- La tablette tactile : appareil multifonctions à écran rétroéclairé, permettant de lire mais aussi de naviguer sur le web, regarder des vidéos, etc.
- Le smartphone : de plus en plus utilisé pour la lecture de livres numériques, notamment via des applications dédiées.
- L'ordinateur : support historique de la lecture numérique, notamment via les navigateurs web et les logiciels de lecture de PDF.
Ces différents supports induisent des pactes de lecture distincts : la liseuse favorise une lecture longue et concentrée, proche de l'expérience du livre papier, tandis que la tablette ou le smartphone encouragent des pratiques de lecture plus fragmentées[5].
Formats et enjeux techniques
[modifier]Les formats du livre numérique
[modifier]La lecture numérique repose sur des formats de fichiers spécifiques. Le tableau ci-dessous présente les trois principaux formats en usage :
| Format | Type | Mise en page | Compatibilité |
|---|---|---|---|
| EPUB | Ouvert (W3C) | Fluide (adaptable à l'écran) | Toutes liseuses sauf Kindle (avant 2022) |
| AZW / KF8 | Propriétaire (Amazon) | Fluide | Kindle uniquement |
| Ouvert (Adobe) | Fixe (ne s'adapte pas) | Tous supports |
LEPUB (Electronic Publication) est le format standard ouvert, développé par le W3C. Il permet une mise en page fluide qui s'adapte à la taille de l'écran et aux préférences de l'utilisateur (taille de police, interlignage...). L'AZW, format propriétaire d'Amazon pour ses liseuses Kindle, est resté longtemps incompatible avec l'EPUB ; le Kindle accepte ce dernier depuis l'automne 2022. Le PDF (Portable Document Format) présente une mise en page fixe, peu adaptée aux petits écrans.
La guerre des formats : entre ouverture et fermeture
[modifier]Le choix des formats constitue un enjeu éditorial et économique majeur. Il oppose deux logiques : celle des GAFAM, qui construisent des formats propriétaires et des écosystèmes fermés (comme Amazon avec l'AZW), et celle des consortiums de normalisation comme le W3C, qui défendent des formats ouverts, gratuits et interopérables, accessibles à tous les acteurs de la chaîne éditoriale[6].
Cette tension a des conséquences directes sur l'interopérabilité des contenus : un livre acheté sur la boutique Kindle ne peut pas, en principe, être lu sur une liseuse Kobo, et inversement.
Les DRM et la question de la propriété
[modifier]La plupart des livres numériques commerciaux sont protégés par des DRM (Digital Rights Management, ou gestion des droits numériques). Ces verrous technologiques limitent la copie, le prêt ou la revente des fichiers. Ils soulèvent des questions importantes sur la nature même de l'acte d'achat : l'utilisateur acquiert-il un livre ou seulement une licence de lecture ? Amazon a ainsi supprimé à distance des exemplaires du roman 1984 de George Orwell des liseuses Kindle de ses clients, illustrant les risques d'un contrôle éditorial exercé par le distributeur[7].
Enjeux culturels et éditoriaux
[modifier]Le livre homothétique et ses limites
[modifier]La grande majorité des livres numériques disponibles dans le commerce sont des livres dits homothétiques : il s'agit de transpositions à l'identique, ou presque, d'ouvrages imprimés en version numérique, sans exploitation des potentialités propres au medium numérique (hyperliens, interactivité, multimédia). Ces versions numériques constituent un complément à l'offre papier plutôt qu'une véritable innovation éditoriale.
À côté de cette production homothétique, se développent des formes natives numériques — livres-applications, œuvres hypertextuelles, fictions transmédiatiques — qui exploitent pleinement les ressources du numérique et redéfinissent les frontières du livre[8].
La remédiation du livre
[modifier]Le concept de remédiation, développé par Jay David Bolter et Richard Grusin, désigne le processus par lequel un nouveau medium s'approprie les formes d'un medium antérieur. La liseuse électronique est un exemple emblématique de remédiation : elle imite l'aspect visuel du livre imprimé (encre sur fond blanc, pagination, table des matières) tout en ajoutant des fonctionnalités nouvelles (dictionnaire intégré, annotations, synchronisation en nuage).
Pour Roger Chartier, chaque forme matérielle du livre induit des conditions de lecture spécifiques : « les formes affectent le sens »[9]. En ce sens, le passage du codex papier à l'écran numérique ne constitue pas un simple changement de support, mais une transformation des pratiques et des expériences de lecture.
Impact sur la chaîne éditoriale
[modifier]La lecture numérique transforme profondément la chaîne éditoriale traditionnelle. Les trois fonctions classiques de l'éditeur — production, diffusion et légitimation des contenus — sont redistribuées par le numérique. Les plateformes comme Amazon ou la Fnac occupent désormais un rôle central dans la diffusion et la visibilité des œuvres, au détriment parfois des éditeurs traditionnels.
Par ailleurs, des plateformes d'auto-édition comme Wattpad ou Kindle Direct Publishing permettent aux auteurs de publier sans passer par un éditeur, remettant en question la fonction de légitimation traditionnellement assurée par la maison d'édition.
Notes et références
[modifier]Voir aussi
[modifier]Articles connexes
[modifier]- Liseuse
- Livre numérique
- EPUB
- Amazon Kindle
- Encre électronique
- DRM
- Auto-édition
- Roger Chartier
- Chaîne éditoriale
- Remédiation (médias)
- GAFAM
- W3C
Liens externes
[modifier]- Article « Liseuse » sur Wikipédia
- Roger Chartier, « Les métamorphoses du livre », OpenEdition Books
- Roger Chartier : continuités et bouleversements des pratiques de lecture (Nonfiction.fr)
- Olivier Donnat, « Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique », Bulletin des bibliothèques de France
- Spécifications EPUB sur le site du W3C
- Centre National du Livre (CNL)
- ↑ Milad Doueihi, Pour un humanisme numérique, Paris, Seuil, 2011.
- ↑ Roger Chartier, La main de l'auteur et l'esprit de l'imprimeur, Paris, Gallimard, 2015.
- ↑ Roger Chartier, Les métamorphoses du livre, conférence à la Bibliothèque publique d'information, 2001. Disponible en ligne : OpenEdition Books.
- ↑ Article Liseuse sur Wikipédia : fr.wikipedia.org/wiki/Liseuse.
- ↑ Olivier Donnat, Les pratiques culturelles des Français à l'ère numérique, Paris, La Découverte/Ministère de la Culture, 2009.
- ↑ Serge Bouchardon, La valeur heuristique de la littérature numérique, Paris, Hermann, 2014.
- ↑ Article Amazon Kindle sur Wikipédia : fr.wikipedia.org/wiki/Amazon_Kindle.
- ↑ Jean-Gabriel Ganascia, Le mythe de la singularité, Paris, Seuil, 2017.
- ↑ Roger Chartier, cité dans « Roger Chartier : continuités et bouleversements des pratiques de lecture à l'heure du numérique », Nonfiction.fr, en ligne.