Phallaina

Phallaina est une bande défilée créée par Marietta Ren en 2016. C'est une bande dessinée digitale disponible sur smartphones et tablettes qui se lit en scrolling horizontal et qui est accompagnée d'une sonorisation. [2]
Cette œuvre, pensée pour être lue exclusivement sur téléphones ou tablettes, constitue une grande nouveauté dans le monde littéraire. A sa sortie en 2016, elle introduit une nouvelle forme de littérature numérique située entre la lecture d'un roman graphique et le scrolling. Il s'agit d'une première mondiale qui est saluée par la critique, tant en France qu'à l'étranger. Elle est définie comme un ''ovni littéraire '' par les journaux français Le Monde [3] et Le Point [4].
Récit
Phallaina raconte l'histoire d'une jeune fille appelée Audrey. Celle-ci souffre de crises hallucinatoires qui lui font notamment voir des baleines et l'empêchent de vivre normalement. Après des examens médicaux, elle découvre qu'elle est porteuse d'une anomalie du nom de physeter qui provient d'un antique peuple mythique, les Phallainas, et qui permet à ses porteurs de rester longtemps en apnée. [5]
L'autrice

Marietta Ren (1974-) est une artiste, illustratrice et dessinatrice de films d'animation française.
Après des études à l'Ecole des Gobelins en section animation, elle commence à travailler dans le cinéma d'animation et le storyboard. Elle a notamment travaillé sur des films comme Ernest et Célestine (2012), Avril et le monde truqué (2015), Les Hirondelles de Kaboul (2019) ou encore plus récemment la série Arcane (2021, 2024).
En parallèle, elle collabore autour de plusieurs expositions et travaille également autour des transmédias. Dans ce cadre, elle publie en 2016 Phallaina, la première bande défilée, avec l'aide du studio digital Small Bang. [6]
Support
L'autrice définie son œuvre comme une "bande défilée", c'est la première œuvre digitale de ce genre. De nombreuses bandes dessinées numériques existent, notamment sur des plateformes comme Webtoon, une application qui donne accès à de nombreuses bandes dessinées en ligne, à l'instar de Wattpad pour les œuvres textuelles. Cependant, l'œuvre de Marietta Ren constitue une nouveauté dans ce genre : l'accès se fait par une application dédiée et elle se lit non pas à la verticale comme il est habituel de le voir mais en scrolling horizontal. [7]
Le support utilisé, s'il s'inscrit dans la tradition des bandes dessinées, renouvelle les codes du genre :
- il n'y a plus de pages mais une longue bande graphique que l'on fait défiler
- la lecture ne s'effectue plus à la verticale mais à l'horizontale comme cela était le cas dans un volumen
- il n'y a plus de cases, ni de gouttières, comme c'est le cas dans la plupart des bandes dessinées mais les images s'insèrent et se lient les unes dans les autres
Cette apparence résulte d'un choix esthétique délibéré de la part de l'artiste. Celle-ci dit ainsi dans une interview donnée à Radio France [8]:
Pour moi, Phallaina est un long travelling, une sorte de BD sans case avec des enchaînements très naturels sans coupure d'image d'un plan à un autre. L'idée est de pouvoir scroller sur un écran, de conserver son rythme de lecture, d'avoir une perception très naturelle, et très immersive. [...] Ne pas avoir de case, entraîne une gymnastique intellectuelle complexe : chaque élément graphique devient une transition pour l'élément suivant. Il faut construire la continuité de l'image sur la longueur. [...] J'ai décidé de faire une histoire en scroll horizontal, parce que c'est le plus proche d'une perception humaine. Dans la vie, on regarde rarement de bas en haut, sauf si on veut détailler une personne de la tête aux pieds. Globalement, on fait plus souvent du gauche-droite, à la manière d'un panoramique.
L'œuvre est disponible gratuitement au téléchargement et fonctionne hors-ligne. Elle est accessible en français ou en anglais.
La narration est également accompagnée d'une sonorisation composée par Côme Jalibert qui permet d'être plongée dans l'histoire et dans l'ambiance du récit. Cette bande sonore ne consiste pas en de la musique accompagnant l'ensemble de la lecture mais plutôt en bruitage accompagnant certaines scènes. Il y a par exemple des sons d'eau, de chant de baleines, de clavier d'ordinateur, d'applaudissement, de chronomètre, de rythme cardiaque...
La séquentiation du récit en chapitres distincts permet une lecture étape par étape. Une sauvegarde de la progression est également possible pour reprendre la lecture à l'endroit où elle a été laissée.
Production
La production de l'œuvre a été permise par Small Bang, un studio de créations interactives fondé en 2012 par Pierre Cattan. Le studio se présente comme un espace d'expérimentations et d'innovations autour des nouveaux modes de narration qui émergent de nos jours. [9] L'œuvre est une coédition entre le studio Small Bang et la société d'audiovisuel France Télévisions Nouvelles Ecritures. Le Centre National du Cinéma et de l'Image Animée a également contribué à la conception.
A la manière d'un film d'animation, Phallaina se termine par un générique indiquant l'ensemble des personnes et des entreprises ayant participé à sa création. Parmi ces acteurs, il y a entre autres : Pierre Cattan (producteur délégué), Alexandrine Stehelin (productrice exécutive), Laurent Bramardi (co-scénariste) Christophe Da Silva (développeur et concepteur technique), Côme Jalibert (concepteur sonore), Davide Benmussa (directeur artistique interface), Fanette Martinie (directrice de production), Concetta Sangrigoli (conceptrice de la fresque physique), Elodie Huber (voix off). La plupart de ces participants et participantes participent à la production principalement dans sa partie digitale, très peu d'entre eux agissent au niveau du texte et du caractère littéraire de l'œuvre. En effet, Phallaina est avant tout une oeuvre qui donne de l'importance à l'image et à l'animation. Si la part narrative est centrale, c'est son contenu imager qui est surtout un enjeu de production.
Prolongement

En parallèle de sa version numérique, l'œuvre a aussi été présentée dans l'espace public sous la forme d'une fresque physique d'environ 115 mètres de long. Cette fresque ne représente pas l'ensemble du récit de Marietta Ren mais la partie consacrée à la mythologie autour des figures des Phallainas. Elle est également accompagnée d'un dispositif sonore interactif : au début de la lecture, il est possible de scanner un QR code renvoyant vers une application qui localise l'endroit où nous en sommes dans la lecture et qui peut ainsi diffuser la sonorisation créée par Côme Jalibert au moment adapté. L'œuvre a été réalisée par l'agence Oikos dont l'architecte Concetta Sangrigoli. [10]
Cette fresque s'est déplacée dans différents parcs et jardins de différentes villes pour aller à la rencontre du public. Elle a notamment été exposée au Festival d'Angoulême en janvier 2016 lors de la 43ème édition et à La Ferme du Buisson à Marnes-la-Vallée en avril 2016, à l'occasion du Pulp Festival. [1]
Réception
L'œuvre a fait l'objet d'une bonne réception à sa sortie en 2016. La poésie du texte mais surtout l'originalité du support ont intéressé de nombreuses personnes et suscité une grande vague d'articles de presse consacrés à cette œuvre d'un nouveau genre. Des journaux comme Le Monde , Le Point ou encore ActuaLitté ont ainsi parlé de cette œuvre.
De plus, l'œuvre a été récompensée par plusieurs prix littéraires [2] :
Cependant, l'œuvre reste très coûteuse en énergie et en stockage. L'application mesure plus de 5 kilo-octets lors de son téléchargement. A titre de comparaison, l'œuvre narrative numérique Enterre moi mon amour mesure environ 10 kilo-octets mais possède des interactions au sein de sa narration. Phallaina reste donc une application lourde en regard de son contenu et il peut être difficile de la conserver sur son téléphone ou sa tablette une fois la lecture finie, au risque de saturer son espace de stockage.
De plus, elle n'a pas été produite par des éditeurs littéraires mais par une société de production multimédia, Small Bang, et par une société de production cinématographique, France Télévisions Nouvelles Ecritures. Cela remet donc en question la place des acteurs du livre dans la littérature numérique. Cette œuvre, bien que se présentant avant tout comme une bande dessinée numérique, se rapproche finalement d'avantage d'une œuvre d'animation que d'une œuvre littéraire. [1]
Références
- ↑ 1,0 1,1 et 1,2 Le monde du livre : https://mondedulivre.hypotheses.org/5069
- ↑ 2,0 2,1 et 2,2 Small Bang (site officiel de Phallaina) : https://smallbang.fr/phallaina.html
- ↑ Article du journal Le Monde : https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2016/01/28/la-bande-defilee-un-ovni-dans-la-bd_4854962_4497186.html
- ↑ Article du journal Le Point : https://www.lepoint.fr/pop-culture/bd-sortie-de-la-premiere-bande-defilee-pour-tablette-28-01-2016-2013497_2920.php
- ↑ ActuaLitté : https://actualitte.com/article/35115/adaptation/phallaina-une-bande-defilee-fresque-immense-et-application-inedite
- ↑ 6,0 et 6,1 Quelle Belle Histoire : https://www.quellebellehistoire.com/auteurs/marietta-ren/
- ↑ Teaser Phallaina : https://www.youtube.com/watch?v=GIqQIpmhJGQ&t=11s
- ↑ Radio France : https://www.radiofrance.fr/depeche-phallaina-la-bd-poetique-qui-defile-sous-vos-doigts
- ↑ Small Bang, le studio : https://smallbang.fr/le-studio.html
- ↑ Interview de Concetta Sangrigoli au Festival d'Angoulême de 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=yez0-U3YQhA&t=42s