Aller au contenu

The Uncensored Library

De Wiki Edit
Version datée du 10 mai 2026 à 16:36 par Circé (discussion | contributions) (Ajout de lien externe)
Monument devant la Bibliothèque Libre [1]

The Uncensored Library ou la Bibliothèque Libre est un projet initié par l’ONG Reporters sans frontières (RSF) et réalisé par BlockWorks, DDB Worldwide et MediaMonks qui prend la forme d’une bibliothèque construite sur le serveur du jeu vidéo Minecraft. La bibliothèque ouvre ses portes depuis le 12 mars 2020, journée mondiale de la cybercensure [2] sous le hashtag #TruthFindsAWay (la vérité trouve toujours un chemin).

Ce projet a pour objectif de contourner la censure et la désinformation effectives dans de nombreux pays qui n’ont pas de liberté de la presse, en offrant un accès libre à une information indépendante dans le monde entier. [3]

La Bibliothèque Libre contient de nombreux articles qui ont été interdits dans leur pays d’origine, permettant ainsi aux journalistes de ces pays de faire entendre leur voix malgré leur bannissement, leur exil ou leur exécution.

L’accès à la Bibliothèque Libre se fait soit en téléchargeant une carte du monde via le site officiel, soit en se connectant au serveur Minecraft.

Création

Par la création de la Bibliothèque Libre en partenariat avec le groupe de communication allemand DDB Worldwide et avec MediaMonks et BlockWorks, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a voulu répondre à la dynamique de censure de certains pays. C’est l'objectif clairement exprimé par Christian Mihr, directeur de Reporters sans frontières (RSF).

« Dans beaucoup de pays, il n’y a pas de libre accès à l’information. Les sites internet sont bloqués, les journaux indépendants interdits et la presse est contrôlée par l’État. Les jeunes grandissent sans possibilité de se forger leur propre opinion. À travers Minecraft, le jeu vidéo le plus populaire du monde, nous leur donnons accès à une information indépendante. »[2]

Le choix de Minecraft comme support n’est pas anodin. En effet, c’est le jeu vidéo le plus vendu de tous les temps selon le Guinness World Record avec plus de 350 millions d’unités vendues comme l’ont confirmé les développeurs Mojang dans le Minecraft Annual 2026 répertorié en avril 2025. [4]

Pour ce projet, l’architecte en chef de BlockWorks James Delaney [5] a dirigé une équipe de 24 constructeurs de 16 pays différents [6] qui ont collaboré ensemble sept mois pour penser le projet qui a ensuite été réalisé en 3 mois avec plus de 12, 5 millions de briques de pixels [5].

Fonctionnement

Trois articles de la Bibliothèque Libre [7]

La Bibliothèque Libre est une grande bibliothèque numérique qui, déjà en 2021, était composée de plus de 850 articles censurés. [8] Les articles sont sélectionnés par l’ONG Reporters sans frontières (RSF) avec la permission de leurs auteurs ou de leurs ayant droit et sont ensuite convertis au format Minecraft en livres numériques à l’intérieur du jeu. [9] Chaque article est disponible dans sa langue d’origine et en anglais sauf pour les articles en langue arabe qui sont présentés sous forme de fichiers audio car le script arabe dépend des ligatures qui ne peuvent pas être utilisées avec l’Unicode de Minecraft. [5]

Bien qu’ils soient représentés comme des livres dans le jeu, la plupart des documents sont des pages d’articles car les pages de Minecraft contiennent environ 50 caractères en 12 points, un livre entier serait donc difficile à retranscrire et à lire. [5]

Il n’existe pas de système de catalogage ou d’indexation de la Bibliothèque Libre, c’est au joueur ou au visiteur de l’explorer. Il peut néanmoins sélectionner le pays ou la salle Reporters sans frontières (RSF) qu’il souhaite visiter ce qui le téléporte à l’endroit souhaité. [5]

La Bibliothèque Libre est régulièrement mise à jour par l’ONG Reporters sans frontières (RSF) qui ne cesse de l’agrandir. Le 12 mars 2021, les salles de la Biélorussie et du Brésil sont ajoutées. [10] Le 23 septembre 2021, 20 ans jour pour jour après l’incarcération du journaliste érythréo-suédois Dawit Isaak en Érythrée, Reporters sans frontières (RSF) ouvre la salle de l’Érythrée en partenariat avec la bibliothèque Dawit Isaak à Malmö en Suède. [11] Trois ans après l’ouverture de la Bibliothèque Libre, le 12 mars 2023, la salle de l’Iran est ajoutée [12] et une salle COVID-19 agrandit encore la Bibliothèque Libre à la suite de la pandémie.

La bibliothèque

Façade de la Bibliothèque Libre [13]

La Bibliothèque Libre a été construite en respectant les codes architecturaux du néoclassicisme inspirés des canons architecturaux de la Rome et de la Grèce antiques. Le néoclassicisme est une architecture souvent utilisée pour les édifices publics comme les musées, les galeries et les bibliothèques. La reprise de ce style permet d’inscrire la Bibliothèque dans la continuité de ces bâtiments qui représentent la connaissance. [2] Son dôme principal serait le deuxième plus grand au monde s’il avait été construit dans la réalité, avec ses 300 mètres de largeur. [6]

[[File:Plandelabibliothèque.jpeg|thumb| Plan des salles de la Bibliothèque Libre [3]

La Bibliothèque est divisée en plusieurs parties : un jardin décoratif, une salle centrale située dans le dôme, et douze salles annexes consacrées aux pays où la censure est particulièrement forte : l’Iran, la Russie, le Vietnam, l’Arabie Saoudite, les États-Unis, le Mexique, l’Égypte, le Brésil, l’Érythrée, la Biélorussie, une salle est consacrée au COVID-19 et la dernière est dédiée à Reporters sans frontières (RSF). [9]

À l’entrée, le voyageur est accueilli par un pupitre sur lequel se trouve un livre ouvert dans lequel il est écrit :

« Dans de nombreux pays Internet est contrôlé par des régimes oppressifs. Les médias sont censurés et les sites Web bloqués, mais Minecraft reste accessible. Nous utilisons cette faille pour contourner la censure sur Internet et rendre à nouveau disponibles des informations indépendantes. Les journalistes de différents pays, bien qu’ils aient été bannis, emprisonnés, exilés et même tués, ont désormais un endroit où faire entendre à nouveau leurs voix. Leurs articles interdits sont republiés dans des livres au sein de cette bibliothèque, pour informer les joueurs du monde entier sur la situation politique réelle de leur pays. Défendons notre droit à l’information et faisons savoir au monde que la vérité ne peut jamais être réduite au silence ! » (traduit de l’anglais) [14]

Dôme

Dôme de la Bibliothèque Libre [15]

La salle du dôme est le centre-même de la Bibliothèque Libre et est directement accessible depuis l’entrée du bâtiment. Le gigantesque planisphère du monde situé sous le sol en verre de la salle permet aux joueurs de s’informer sur l’état de la liberté de la presse dans 180 pays , en se basant sur le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). [9]

On peut également retrouver dans cette salle des centaines d’articles venant de différents pays du monde y compris ceux où la liberté de la presse est restreinte voire absente comme en Chine. Chaque pays a dans cette salle au moins un article que l’on peut trouver devant le drapeau du pays respectif.

Salles annexes

Les douze salles annexes sont consacrées aux pays où la censure est particulièrement forte.[9] Chacune des salles est décorée, au centre, d’une statue qui met en avant une caractéristique de la censure du pays en question et, dans chaque salle, une ou un journaliste du pays en question est mis en avant.

Salle Reporters sans frontières

Anamorphose de la salle Reporters sans frontières [16]

La salle dédiée à Reporters sans frontières (RSF) permet au joueur de comprendre le projet de l’ONG ainsi que son objectif avec la création de la Bibliothèque. Elle donne également accès à des informations détaillées sur l'organisation et au plan du bâtiment. [9]

La décoration de la pièce met en évidence l'objectif recherché par l’ONG avec la création du bâtiment. Le centre de la pièce est occupé par des pixels jaunes qui flottent dans les airs et qui créent le mot « truth » en anamorphose.

Arabie Saoudite

Cage de la salle de l’Arabie Saoudite [17]

L’Arabie Saoudite occupe, en 2026, la 176e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF). [18] Sa place dans le classement est dûe à l’interdiction de tout média indépendant. En dépit de son discours de réforme, Mohammed ben Salmane a intensifié la répression depuis qu’il a été nommé prince héritier en juin 2017 et depuis début 2017 le nombre de journalistes et de citoyens-journalistes en détention a triplé. [2] La cage placée au centre de la salle évoque cette forte répression de la presse.

Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant le cas du journaliste saoudien Jamal Khashoggi qui a fui l’Arabie Saoudite en septembre 2017 et s’est auto-exilé. Il travaillait comme chroniqueur au Washington Post aux États-Unis et critiquait de manière virulente certaines politiques menées par Mohammed ben Salmane. Le 2 octobre 2018, Jamal Khashoggi a été tué et démembré à l’intérieur du consulat saoudien d’ Istanbul, en Turquie. [2]

Biélorussie

Serveur qui brûle dans la salle de la Biélorussie [19]

La Biélorussie occupe, en 2026, la 165e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). [18] En Biélorussie, la télévision et une grande partie de la presse écrite sont strictement contrôlés par le régime. Seuls quelques médias en ligne indépendants continuent de travailler en exil. Le président Lukashenko, qui gouverne le pays sous la dictature depuis 1994, a essayé depuis le début des protestations de masse en août 2000, de supprimer les rapports critiques sur la situation journalistique dans le pays. les autorités ont criminalisé l’accès aux informations indépendantes en déclarant les médias, les journalistes et même les publications sur les réseaux sociaux de « matériel extrémiste ». En Biélorussie, des centaines de journalistes ont été détenus temporairement et quelques-uns ont été condamnés à de sévères peines de prison où la torture et le travail forcé sont communs. En octobre 2020, tous les correspondants étrangers ont perdu leur accréditation et une douzaine de sites d’informations ont été bloqués. Au centre de la salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de représenter un serveur qui brûle pour montrer le contrôle de la presse en ligne par le régime. [19]

Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant dans cette salle, Natalia Radzina qui est l’éditrice en chef d’un site d’information reconnu qui fournit une information indépendante sur la politique et les droits humains en Biélorussie. Les intimidations et les menaces contre les journalistes ont augmenté après l’élection controversée du 26 janvier 2025 du président Lukashenko : les journalistes, dont Natalia Radzina, ayant couvert les protestations de masse qui ont suivi ces élections ont été arrêtés. Après avoir passé de nombreuses semaines en détention, elle a été capable de partir via la Russie en exil en Pologne où elle continue son travail. Le site dont elle était l'éditrice en chef est bloqué en Biélorussie depuis le 24 janvier 2018 après avoir été attaqué régulièrement. En 2022, il a été qualifié de « groupe extrémiste » par le régime. [19]

Brésil

Maillet du juge au-dessus d’un livre ouvert dans la salle du Brésil [19]

Dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF), le Brésil occupe, en 2026, la 52e position sur 180 pays. [18] Le président Luiz Inácio Lula da Silva a restauré une relation normale entre les médias et le gouvernement après la fin du mandat de Jair Bolsonaro qui a été marqué par une hostilité constante envers les médias. Cependant, la violence structurelle contre les journalistes, l’importante concentration de la propriété des médias et les effets de la désinformation sont encore un challenge important pour la liberté de la presse. Pendant la dernière décennie, au moins trente journalistes ont été tués au Brésil qui a été le deuxième pays de la région le plus meurtrier durant cette période. Les plus vulnérables demeurent les bloggeurs, les animateurs radio et les journalistes indépendants qui couvrent la corruption, le crime organisé et la politique locale. Les journalistes d’investigation sont les sujets de procès abusifs. L’ancien président Jair Bolsonaro et son entourage ont insulté et humilié de nombreux journalistes et des médias en ligne, instaurant ainsi un climat de haine envers le journalisme. Le Brésil demeure très polarisé et les attaques sur la presse, fréquentes sur les réseaux sociaux, ont ouvert la voie à des attaques physiques répétées contre les journalistes, et ce, depuis l’élection de 2022 et les manifestations du 8 janvier 2023 au Brésil. Le maillet du juge, au-dessus d’un livre ouvert, placé au centre de la salle symbolise les efforts croissants pour réprimer la liberté de la presse au moyen de procès arbitraires durant le régime de Bolsonaro. [19]

Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant dans cette salle le média en ligne indépendant Grupo Gente Nova (GGN) lancé en 2013 par Luis Massif, un journaliste d’investigation brésilien. Comme beaucoup d’autres médias en ligne au Brésil, Grupo Gente Nova (GGN) a été l’objet de nombreux procès arbitraires de la part de la rhétorique anti-médiatique de Jair Bolsonaro. [19]

Égypte

Balance de la salle de l’Égypte [20]

L’Égypte occupe, en 2026, la 169e position sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse. [18] Cette position est dûe à la présence sur le sol égyptien d’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes. La plupart des médias sont directement ou indirectement contrôlés, plus de 500 sites web sont bloqués, et de nombreuses personnes sont arrêtées à cause de leur activité sur les réseaux sociaux. [2] Cet usage abusif de la justice pour réprimer l’information a été représenté par une balance au milieu de la salle.

Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a décidé de mettre en avant le cas du portail d’information Mada Masr qui publie depuis 2013 des articles sur la corruption et les questions de sécurité souvent critiques envers le gouvernement égyptien. C’est le dernier site d'information professionnel et indépendant qui constitue une des plus importantes sources du journalisme en Égypte. [2]

États-Unis

Statue de la Liberté qui pleure dans la salle des États-Unis [19]

Les États-Unis occupent, en 2026, la 64e position dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). [18]

La Bibliothèque Libre a été créée en réponse aux pays où le journalisme indépendant est systématiquement bloqué, censuré ou criminalisé. L’addition des États-Unis dans la Bibliothèque Libre ne suggère pas une équivalence entre ce pays et d’autres où la censure est institutionnalisée comme la Russie ou la Chine. Au contraire, cela permet de mettre en lumière des tactiques plus implicites qui affaiblissent les régimes démocratiques en employant le contrôle, l’intimidation ou le démantèlement des médias par la restriction des accès, la fragilisation des normes, les pressions politiques et financières et la normalisation de l’hostilité envers la presse. Ces dynamiques méritent de l’attention précisément parce qu’elles sont subtiles et qu’elles sont plus difficiles à catégoriser que la censure ouverte. Parfois, elles sont aussi un challenge à illustrer car il est difficile de mettre en lumière dans les publications l’autocensure ou la manipulation par la possession de médias. C’est pour cette raison que Reporters sans frontières (RSF) a construit cette salle : aucun pays n’est immunisé contre la menace envers la liberté de la presse ou le recul de la démocratie. Pour l’ONG, défendre l’accès à une information sûre requiert une vigilance envers tous les systèmes politiques de la part des citoyens qui valoriseront toujours une société libre et ouverte. Reporters sans frontières (RSF) a décidé de placer au centre de la salle la Statue de la Liberté qui pleure, un symbole fort pour illustrer la fragilité de la démocratie.[19]

Érythrée

Livre emprisonné dans la salle de l’Érythrée [19]

L’Érythrée occupe, en 2026, la dernière place du Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF).[18] Sa dernière position dans le classement est dû au fait que c’est un pays connu pour détenir des journalistes plus longtemps que dans tous les autres pays du monde. Au moins quatorze journalistes sont détenus dans les prisons du régime sans accès à leur famille ou à des avocats. Depuis septembre 2001, tous les médias indépendants ont été bannis. Radio Arena est la seule station de radio indépendante du pays, mais elle a dû fuir en exil à Paris et son signal est toujours brouillé en Érythrée. L’année dernière L’Express alertait sur la possible disparition de la radio faute de financement [21] et aujourd’hui le site de Radio Arena est introuvable sur Internet. Le livre en cage au centre de la salle de la Bibliothèque Libre symbolise l'emprisonnement de la presse indépendante en Érythrée. [19]

Le journaliste suisse-érythréen, Dawit Isaak, né le 27 octobre 1964 à Asmara. Jeune, il commence à écrire des pièces et des nouvelles. En 1985, il part en Suisse et obtient la nationalité suisse en 1992. Quand l'Érythrée devient indépendante en 1993, Dawit Isaak retourne à Asmara où il se marie et fonde une famille. Il écrit des pièces et monte une troupe de théâtre pour les enfants. Il est recruté pour écrire pour Setit, le premier journal indépendant érythréen et il en devient le copropriétaire. En 2001, il fait un reportage sur les exigences du mouvement démocratique et sur leurs critiques contre le président Isaias Afwerki. Dawit Isaak est arrêté avec dix autres journalistes le 23 septembre 2001 et il est depuis détenu en secret. Après une brève libération de deux jours en 2005, aucune source indépendante n’a confirmé qu’il était encore en vie à ce jour. [19]

Iran

Portrait de Jina Mahsa Amini dans la salle de l’Iran [19]

L’Iran occupe la 177e place sur 180 pays en 2026 dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF). [18] Sa position s’explique par le fait que ce soit un des pays les plus répressifs dans le monde envers les journalistes, et ce, depuis la révolution iranienne en 1979. Depuis, des centaines de journalistes ont été persécutés, emprisonnés ou même exécutés et l’État contrôle systématiquement les médias et a recours à des techniques informatiques sophistiquées pour censurer et surveiller la presse. Internet a également été de manière répétée coupé pendant de longues périodes, spécifiquement pendant et après les violentes répressions des protestations de décembre 2025. La persécution s’étend aussi aux médias étrangers, aux journalistes en exil et à ceux qui séjournent temporairement en Iran. Quand en septembre 2022, de massives protestations explosent après la mort violente d’une jeune femme Kurde, Jina Mahsa Amini, des mains de la police des mœurs, les autorités se retournent très brutalement contre les journalistes. L’antenne de télévision de Londres, Iran International, basée en Iran, a été particulièrement touchée par ces répressions. Après avoir reçu de sévères menaces pour des articles critiques envers le régime, l’antenne est obligée de fermer temporairement ses bureaux et de se relocaliser à Washington. Cependant, Iran International a joué un rôle important dans la couverture des protestations et la station est connue en dehors du pays pour sa position critique envers le gouvernement. Un portrait de Jina Mahsa Amini a été exposé dans la salle de l’Iran de la Bibliothèque Libre, comme symbole des mouvements de protestations contre la répression en vigueur dans le pays. [19]

Dans cette salle, Reporters sans frontières (RSF) a mis en avant une des voix les plus connues dans le journalisme iranien, celle de Elaheh Mohammadi. Elle a été la seule à couvrir les funérailles de Jina Mahsa Amini, pour cela elle a été emprisonnée par le régime et par la suite libérée sous caution. En janvier 2026, elle écrit un article sur la répression des protestations pour son journal Ham-Mihan, le journal est alors immédiatement suspendu par les autorités. [19]

Mexique

Les douze édifices de la salle du Mexique [19]

Le Mexique occupe, en 2026, la 122e position dans le Classement mondial de la liberté de la presse. [18] Bien qu'en paix, le Mexique est en effet l’un des pays les plus meurtriers pour les journalistes et il se place même devant la Syrie. Il existe une forte collusion entre les autorités et le crime organisé, ce qui fait peser une lourde menace sur les journalistes et handicape le système judiciaire. Les journalistes qui enquêtent sur des affaires politiques sensibles ou le crime organisé reçoivent des avertissements, subissent des menaces et sont souvent abattus de sang froid, certains sont enlevés et ne réapparaissent jamais. [2] Pour rendre hommage à ces hommes et ces femmes, la salle du Mexique de la Bibliothèque Libre abrite 12 édifices en hommage à 12 journalistes indépendants mexicains tués notamment par le crime organisé ou des cartels.

Dans cette salle, c’est le journaliste Javier Valdez qui est mis en avant par Reporters sans frontières (RSF). Il était journaliste, écrivain de nombreux ouvrages sur le trafic de drogue et fondateur de Riodoce, un hebdomadaire consacré au crime et à la corruption dans l’État du Sinaloa, l’un des plus violents du pays. Il a été tué par balles le 23 mai 2017 à 50 ans. [2]

Russie

Pieuvre de la salle de la Russie [22]

La Russie occupe la 172e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse réalisé par Reporters sans frontières (RSF). [18] Cette position est dûe aux restrictions opérées par le gouvernement russe envers les journalistes critiques après les grandes manifestations de 2011-2012. L’État a mis sur pied une infrastructure servant une surveillance systématique de masse et tente d’empêcher les communications anonymes ou cryptées, la loi sur la souveraineté d'Internet, permet de rendre le gouvernement capable de couper l’internet russe du réseau mondial. Chaque année, des douzaines de personnes sont détenues pour leur activité en ligne. [2] Ce réseau tentaculaire mis en place par le gouvernement russe pour surveiller Internet est représenté par une gigantesque pieuvre au milieu de la salle.

Dans cette salle, c'est la rédactrice en chef de l’un des nombreux sites russes bloqués, Yulia Bereszovskaia, qui a été mise en avant. Elle a collaboré avec la Bibliothèque Libre pour republier des articles de Grani.ru, qui était une source d’information pour les activités de protestation, les procès politiques et l’activisme de la société civile avant d’être fermée le 13 mars 2014 par le gouvernement russe. [2]

Vietnam

Labyrinthe de la vérité de la salle du Vietnam [23]

Le Vietnam est 174e sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). [18] Les médias vietnamiens s’alignent sur le parti communiste ce qui fait que les seules sources d’information indépendante sont les blogueurs et les citoyens-journalistes. En décembre 2017, l’armée a dévoilé l’existence d’un département de cyberguerre de 10 000 militaires, dont la mission est de défendre le parti et de cibler les blogueurs dissidents. [2] Pour représenter la difficulté d’accès à une information indépendante, un labyrinthe appelé ''labyrinthe de la vérité'' a été construit au centre de la salle.

L’avocat des droits de l’homme, activiste de la démocratie et blogueur, Nguyen Van Dai, est mis en avant par Reporters sans frontières (RSF) dans cette salle. En 2006, il fonde le Comité pour les droits de l’homme au Vietnam pour lutter pour l’émancipation de la société civile par des moyens légaux. Il est condamné à 15 ans de prison et à 5 ans de résidence surveillée en avril 2018. Une fois relâché, il s’est exilé en Allemagne et son blog reste encore bloqué au Vietnam. [2]

Salle Covid-19

Cette salle de la Bibliothèque Libre, située sous l'escalier séparant le couloir de l’entrée de la salle centrale, accueille les articles de journalistes de 10 pays différents (Brésil, Chine, Égypte, Hongrie, Iran, Birmanie, Corée du Nord, Russie, Thaïlande et Turkménistan) sur l’impact de la pandémie du COVID-19. L'objectif est de documenter l'impact de cette pandémie dans chaque pays qui a été touché. [5]

Chanson

La vidéo promotionnelle officielle qui présente le projet est accompagnée par la chanson Truth Hegemony écrite par Lucas Meyer et interprétée par The Client Said No.

Réception

La Bibliothèque Libre a rencontré un succès considérable. La page web du projet a enregistré environ 200 000 visiteurs en 2024 et les États-Unis, l’Allemagne, l’Inde, la Russie, le Brésil et le Mexique figurent parmi les pays générant le plus de visites. La même année, la carte Minecraft, qui permet de visiter la bibliothèque hors ligne, a été téléchargée près de 80 000 fois. Depuis son lancement, Reporters sans frontières (RSF) a recensé, en 2025, que plus de 20 millions d'utilisateurs se sont informés sur la liberté de la presse grâce à la Bibliothèque Libre. [9]

Ce succès a fait augmenter les dons à l’ONG Reporters sans frontières (RSF) de 62% en 2021 ce qui leur permet d’étendre leur combat pour la liberté de la presse dans le monde. [8]

La Bibliothèque Libre est même devenue un outil d’enseignement dans de nombreuses écoles et universités [8] et le Design Museum de Londres en a fait une exposition permanente.

Notes